| PIETRA
ou le chant d’une ville
Naviguer dans les vagues
musicales de Mare Nostrum - cette mer qui est rarement une
mer tranquille -, prête à sévir, c’est
s’attacher à tous les élans et soubresauts
d’une région unique à travers une histoire
de démons et merveilles.
Parthénope, l’enchanteresse fondatrice de Naples a donné son
nom à la ville de Naples. La ville s’appelait Parthénapolis
avant d’être Néapolis. Ulysse en passant près de
Naples s’était fait attacher au mât de son bateau pour résister
au chant de Parthénope la sirène. Il en reconnaissait le pouvoir
archaique et envoûtant. Ulysse ruse : Il s’abandonne au plaisir
du chant et ne tombe pas au pouvoir de la sirène : il s’abandonne,
mais il a le dessus. Elle, cependant, en perd sa voix merveilleuse, son charme.
A Naples, on a toujours pitié de Parthénope. Son chant vit encore
ici : il a survécu sous une forme ou une autre.
Caractéristique à Naples est le nombre de ses gloires musicales
: Scarlatti, Pergolèse, Cimarosa, Bellini. . .C’était il
y a longtemps. Est née depuis une tradition de la musique et de la chanson
napolitaine. La nostalgie et le regret du passé y sont toujours présents.
Mais, comme partout ailleurs, des chanteurs et chanteuses de la nouvelle génération
comme Pietra Montecorvino rompent avec la tradition et cherchent de nouvelles
formes d’expression.
Il y a cent ans cette cité perdait son statut de capitale d’un
royaume et devenait une ville de province. Concomitantes à ce délaissement,
naissaient des chansons comme « O sole mio » qui firent le tour
du monde. Plus les Napolitains émigraient, plus la nature autour de
la ville était dévastée ; plus la pauvreté augmentait,
plus les grands chanteurs comme Gigli, Schipa ou Caruso vantaient les beautés
de Naples, le soleil, la mer etc. Pour la chanson c’était l’âge
d’or. La canzone napoletana qui associait des éléments
du chant traditionnel à des airs proches de l’opéra est
devenue un genre majeur de la musique populaire.
Les années 20-30 ont été une autre période glorieuse
de la musique napolitaine. Beaucoup de napolitains émigraient en Amérique.
Les chansons adoucissaient leur nostalgie et reflétaient la mélancolie
du drame de l’émigrant loin de sa famille.
Dans l’immédiat après-guerre la chanson parlait souvent
de la misère, de la faim et de la prostitution, de tous les maux que
l’occupation des troupes alliées avait générés.
Si vous aimez le chant napolitain arrêtez-vous dans les ruelles, regardez
dans les sous-sols et autour des églises, plutôt qu’au bord
de la mer. A Naples, tout est lié au chant. Tout naît du chant,
aboutit au chant. Chanter à Naples c’est comme parler.
Dans le monde méditerranéen, mis à part les traits strictement
musicaux, la voix et la technique vocale présentent des caractéristiques
communes : la voix roque et puissante placée au niveau de la gorge,
la technique de chant avec une voix tendue et droite, les nasalisations dans
les timbres, les voix volontairement granuleuses.
C’est l’enchevêtrement de toutes les tonalités qui
se transforme en chant chez Pietra. Le ton rauque et grave des pêcheurs.
La cadence des chauffeurs de taxis. Les chuchotements des vendeurs à la
sauvette. Les mots tendres et affectueux des amants, les bruits mystérieux
de la ville... Chez Pietra c’est une symphonie de voix, de sons de cris.
A Naples, rien n’est perfectionné ni épuré. Les
vices, les vertus, les sentiments, les possessions se trouvent encore au stade
primitif et jaillissent avec violence directement du coeur et de l’âme
de Pietra.
L’identité méditerranéenne a pu naître des
vagues successives de migrations, de traversées en bateau à voile
d’une terre à l’autre sur la mer, sur cette mer qui relie
les terres, qui les entoure « la mer entre les terres », la mer
qui unit plus qu’elle ne sépare.
Dans ce contexte, le vrai napolitain est un vrai mélange. Naples a été occupé par
les Romains, les Normands, les Africains, les Angevins, les Aragonais, les
Piémontais et plus récemment par les Allemands et les Américains.
Le vrai Napolitain c’est peut-être un Polichinelle : un masque.
Ni linéaire, ni rigide, Pietra arrive à nous faire naviguer dans
cette baie de Naples dans le temps et dans l’espace, sans jamais perdre
de vue cette paradoxale mais indiscutable unité méditerranéenne.
Dans ce disque où résonne l’écho des mythes antiques
et le bel canto napolitain, la musique devient une brise remplie des effluves
des côtes balayées, des îles traversées, qui continue
son élan vers une Méditerranée élargie. C’est
ainsi que le chant de Pietra trouve son écho dans les autres rives de
la Méditerranée dans les chants populaires du Maghreb, dans les
rythmes kabyles, dans la sonorité d’un oud ou d’un bendir.
Si l’identité napolitaine existe, Pietra en est l’expression
via une musique une dans son essence et multiple dans ses formes et ses inspirations.
Un
projet de: Eugenio Bennato
Direction musicale: Eugenio Bennato
Réalisation: Erasmo Petringa
Réalisation"Sole Sole": Martino De Cesare, Tony Semeraro
Mixage: Enzo Rizzo
Régistration: "Ada Studio" d'Airola (BN) (Erasmo Petringa)
"Orange Bug" de Naples ( Salvio Imparato)
"Maya Records" de Crispiano (TA) ( Tony Semeraro)
"Ellada Studio" d'Athène (Grèce) Intruments: Laud, mandoloncello,
violoncelle et basse Erasmo Petringa
Guitare battante Erasmo Petringa, Marcello Vitale
Percussions Emidio Petringa et Erasmo Petringa
Batterie Gianluca Brugnano
Basse électrique Diego Imparato
Guitare battante Martino De Cesare et Luca Gianquinto
Voix Mbarka Bentaleb (Tunisie), Zena Chabane (Mozambique), Eleana Zeghinoglou
(Grèce), Abbes Boufrioua (Algérie), Laura Klain (France), Samir
Toukour (Algérie), Pasqualino Ruggiero (Italie).
Mastérisation: Antonio Baglio - Studio Nautilus de Milan
Foto de couverture: Barbara Ledda de Rome
Production: Taranta Power de Naple, Editionis cinquantacinque de Naples
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